Tout au début une histoire d’odeurs et d’abondance, des environnements, des ambiances, des fleurs et des végétaux. Des matériaux modestes, des patines. Tout au début : des vanités.
Le silence ensuite, plutôt imposant, qui s’incarne dans Les Diffuseurs, série composée de sept sculptures monumentales en forme de clochette, trompette de la mort ou coquillage.
Des coloriages un peu après : si Les Prolongations ne sont encore que des personnages qui n’existent que par les objets qui racontent leurs gestes, on approche, avec ce travail, de ce qui constituera l’essentiel de la recherche de Christilla Roze : l’humain, la ligne, un travail de transcription picturale remarquable par sa technique appliquée et une attention manifeste au dessin.

Il faudra attendre que la figure humaine fasse son entrée véritable dans le travail pour que le trait si caractéristique de l’artiste voie le jour. Ce sont Les Compagnons qui engagent cette nouvelle orientation. Directement issues de l’exploration systématique des périodiques pour cerner les postures et attitudes propres à la presse contemporaine, les toiles fixent désormais des personnages incarnés par un trait qui se précise, se fait incisif. Aisé, synthétique, on le dirait rapide et sûr. Sans détours. Presque paradoxal au regard de l’objet qu’il cherche à saisir : l’humain pris dans le foisonnement des faits divers. .....
Mais, si ces procédés semblent se fondre l’un l’autre pour aboutir à une image parfaitement équilibrée et technique, ceci n’exclut nullement une forte picturalité. Pour l’ensemble intitulé L’Objet, comme pour la série L’Attribut, les silhouettes cernées de noir se parent ainsi de signes colorés. Ces objets qui leur sont juxtaposés évoquent un savoir-faire et permettent d’identifier immédiatement un métier. La logique narrative trouve là encore sa cohérence dans la dichotomie ligne/couleur et personnage/action. ....
Dans Suite, Christilla Roze s’attache à représenter des situations plus abstraites par des jeux graphiques. Des formes colorées viennent " habiller " les silhouettes et, faisant écho à leur contenance, suggèrent une forme d’énergie, un état d’esprit. Ces signes graphiques simples qui entrent en résonance avec les personnages font sens avec fluidité et aisance. Un procédé similaire est employé dans les Ambiances. Ici, la forme colorée est associée à un portrait, qui suffit à lui insuffler une vie intérieure, un état d’âme, une possible rêverie.
Toujours liés à la recherche iconographique menée dans les journaux, les croquis sur papiers kraft intitulés Parfait renvoient à la forte présence médiatique de l’univers de la mode, monde de strass et de paillettes symbolisé par des tons d’or et d’argent.
La récente production de l’artiste s’écarte encore de la matérialité des choses et s’emploie spécialement à peindre des mouvements de pensées. Le portrait reste l’élément central tandis que le graphisme se fait plus éthéré et diffus. La technique, à l’instar du thème, s’affine et passe de l’acrylique à l’huile, permettant davantage de transparence. Il y a là toujours une certaine dichotomie entre le trait net et la couleur, dichotomie qui, à l’évidence, s’apparente désormais à un procédé narratif avéré propre à traduire des émotions plus que de véritables actions. La série Equilibre prend pour objet la réflexion, le questionnement de soi qui induit le perpétuel changement des individus. Ce qu’il fut de nous, nos choix, ce que nous tendons à devenir, c’est l’intériorité de l’être qui désormais constitue le coeur de la démarche de Christilla Roze.

Valérie Nam, Décembre 2006


lien permanent

 
  1. espace réservé

Site généré avec LoGz by Loz http://www.logz.org, Copyleft Licence Art Libre | site map
nombre de requêtes 11